La
programmation des apprentissages est complexe car elle est à la croisée
d'exigences ou d'injonctions qui peuvent sembler paradoxales.
L'enseignement obligatoire suppose
l'acquisition pour tous du socle commun des connaissances et des
compétences, "ciment de la nation".
Dans le même temps, la
personnalisation des apprentissages veut que l'on sache répondre
aux besoins individuels de nos élèves.
Autre paradoxe, les maîtres qui disposent de la liberté pédagogique pour
conduire les apprentissages doivent toutefois inscrire leur pratique dans la continuité
du cycle et organiser la progression des apprentissages notamment via
le projet d'école.
Les maîtres disposent
d'outils institutionnels :
- le socle commun des connaissances et des connaissances
- les programmes qui incluent des repères et progressions annuels
- le livret personnel des compétences
- les évaluations nationales, académiques ou départementales (français,
mathématiques, LVE, TUIC, sciences...)
Dans l'école ils construisent le projet d'école à partir de différents éléments de contexte dont
les résultats aux évaluations nationales et locales, les programmations et progressions de cycle, les
outils de la continuité, les évaluations et le livret scolaire qui
inclue le livret personnel de compétences.
De plus en plus, on voit l'apparition de documents qui témoignent du parcours des apprentissages de la
cohorte des élèves voire de portfolios
individuels qui rendent compte des acquis individuels ou des
activités menées. Des écoles notamment, ont compris la
nécessité d'organiser les projets de classe : ainsi les projets
culturels et sportifs mais aussi scientifiques, sont pensés sur la
durée et surtout croisés avec les compétences des programmes.
En effet, il n'est plus possible d'envisager des projets de classe qui
viendraient simplement se surajouter à l'existant sans réelle mise en
cohérence.
Par ailleurs, la différenciation des apprentissages engage à conserver la mémoire des réussites des
élèves comme des dispositifs d'aides qui ont pu être mis en place.
La programmation des apprentissages
veille à organiser les apprentissages dans le temps. En ce sens
elle est hautement pédagogique : combien de temps doit-on accorder à
telle ou telle notion ? comment enchaîner les notions entre elles
(progression) mais également quels liens envisager entre les différents
domaines ? En effet, l'approche d'une notion dans une discipline
permettra souvent d'aborder plus facilement une autre notion dans un
autre domaine...
La programmation des apprentissages doit être vue en système, loin des
visions planificatrices figées.
Outil du maître, les programmations et
progressions devraient à l'instar du projet d'école, se trouver sur la
table de réunion du conseil des maîtres qui à mains égards devrait agir
comme une instance de réflexion et de régulation. Si nous ne pouvons
envisager de modèle figé, il nous semble impératif de dépasser un modèle qui ne serait que la
simple répartition des apprentissages. Trop de notions sont traités une fois
par an à chaque niveau sous la forme de modules plus ou moins longs et
ne reviendront dans l'actualité des élèves souvent qu'un an après...
C'est le cas notoire de la leçon de grammaire où l'on reprend chaque
année la même notion en complexifiant et élevant l'exigence mais sans
prendre un appui réel sur l'antérieur.
Il nous semble aussi qu'à l'école primaire, il est capital que la programmation des
apprentissages tienne compte de la polyvalence du maître et de la
transversalité pour dépasser le cloisonnement et favoriser
réinvestissements et transferts non pas en se fiant à l'aléatoire ou à
l'empirique mais en organisant plus avant ces transferts.
Ainsi, parce que l'on vient d'apprendre la conjugaison d'un temps du
passé, on pourra se fixer comme objectif son utilisation dans la
rédaction du résumé d'Histoire.
Sans figer les étapes, nous proposons
le shéma suivant pour programmer les apprentissages :
Commentaires du schéma :
Découverte :
s'interroger de savoir s'il s'agit d'une première découverte, sur quels
outils de la continuité il est possible de prendre appui....
Appropriation : les
phases de manipulation doivent être posées (ne pas se fier au seul
langage), parmi ces phases penser à l'observation, la comparaison, le
classement, le rangement...
Stabilisation : il
faut notamment en mathématiques, que la classe ait pu dégager une
méthode "experte", c'est à dire claire pour tous, efficace, rapide...
La reformulation par tous des acquis nouveaux est une bonne aide.
Systématisation : elle
doit renforcer la stabilisation pour permettre notamment de dégager des
tâches "basses"(décoder, calculer) pour se centrer sur les activités
intellectuelles (comprendre, analyser, vérifier...). La systématisation
ne doit pas faire perdre le sens de ce que l'on effectue mais elle doit
permettre de gagner en vélocité. A ce titre, la mémorisation ne doit
pas être déléguée à l'extérieur mais travaillée en classe tant en
termes de méthodes ou de contenus pour que l'élève n'ait plus qu'à
s'entraîner seul...
La réactivation :
ou "piqure de rapel" doit être effectivement programmée... par exemple,
trois à quatre semaines après un apprentissage dans la même discipline
mais aussi dans d'autres domaines... On pourrait imaginer une
réactivation "proche", puis à moyen terme, puis un peu plus loin y
compris sous forme de séances "flash"...
Le transfert : doit
favoriser la reconnaissance de la notion et préparer à son traitement
dans un contexte différent. C'est aider l'élève à construire ses choix
en autonomie en se référant à son bagage notionnel. Le transfert peut
avoir lieu lors d'un projet de classe transversal (culturel, classe de
découverte etc. ). L'enrichissement d'une notion s'effectue
de manière explicite dans la continuité des acquis antérieurs.